Contrairement à une hospitalisation « complète », qui nécessite de séjourner une ou plusieurs nuits à l’hôpital, la chirurgie ambulatoire se déroule sur une journée. Elle ne nécessite que quelques heures et offre ainsi aux patients de multiples avantages.
Arriver à la clinique le matin, se faire opérer dans la journée et rentrer chez soi le soir même…un souhait de nombreux patients qui devient aujourd’hui réalité dans un nombre de plus en plus important de cliniques et d’hôpitaux privés et pour des interventions de plus en plus nombreuses, y compris de chirurgie lourde.
La chirurgie ambulatoire ne nécessite pas d’hébergement de nuit. Elle est aujourd’hui la référence et c’est l’hospitalisation complète qui est en passe de devenir une alternative. Elle permet au patient de regagner son domicile le jour même de son intervention et de bénéficier d’un suivi organisé à domicile.
Des avantages évidents
Outre un retour rapide au domicile, les avantages de l’ambulatoire sont nombreux pour les patients et ce mode de prise en charge s’inscrit pleinement dans la démarche qualité de établissements. En effet, la diminution du temps de présence du patient en milieu hospitalier réduit le risque d’apparition d’infections nosocomiales, de phlébites ou même de confusions chez les personnes âgées. Sans compter qu’elle représente un coût moindre pour la Sécurité sociale et pour le patient.
Par ailleurs, les techniques qui ont permis à la chirurgie ambulatoire de se développer procurent elles-mêmes leur lot de bénéfices. Ainsi, les techniques chirurgicales peu invasives réduisent l’agression corporelle (plus petite cicatrice, moindre utilisations de drains) et les risques hémorragiques sont moindres.
L’optimisation des techniques anesthésiques permet un réveil rapide avec une récupération immédiate, sans douleur ni nausée. Des anesthésiques locaux permettent même d’endormir exclusivement la zone à opérer pendant 30 à 36 heures tout en restant parfaitement éveillé.
Car pour laisser rentrer le patient à son domicile le jour même, il faut que la maîtrise de la douleur, des nausées et du handicap soit parfaite. Ainsi, pour réussir à faire en quelques heures, ce qui était auparavant réalisé en plusieurs jours, il faut mettre en place une prise en charge et une organisation irréprochables.
Une organisation spécifique
Cette organisation concerne aussi bien le personnel de santé que l’architecture intérieure d l’établissement de santé. L’objectif étant de simplifier le parcours du patient lors de l’hospitalisation et d’optimiser le temps qu’il passe dans l’établissement, il faut à tout prix raccourcir les circutis entre les services visités par le patient dans la journée : accueil, chambre, bloc opératoire, salle de réveil, salle de réhabilitation avant le retour à domicile, information du patient et remise de documents pour la médecine de ville…
L’efficacité de l’organisation du personnel de santé, quant à elle, est d’autant plus importante qu’elle doit être adaptée au quotidien. Celle-ci est basée sur l’anticipation et la préparation, mais aussi sur l’information des patients. Tout cela afin de limiter le nombre de consultations et de démarches administratives et de réduire tous les délais le jour de l’hospitalisation.
Le phasage du programme opératoire est donc d’une extrême importance. « Il est nécessaire que chaque patient ait rempli les formalités de pré-admission à l’occasion de la visite aux anesthésistes. Une fois le programme arrêté, chaque patient est appelé au téléphone la veille par le personnel soignant » explique René Boussaton, directeur de la clinique Médipôle Garonne, à Toulouse.
L’objectif de cet appel est clair : lui rappeler les conditions importantes avant l’acte chirurgical, autrement dit arriver à la clinique à jeun, s’être douché avec un antiseptique et s’être épilé la zone à opérer. Cela permet également de fixer précisément l’heure exacte de son arrivée à la clinique, soit environ une heure avant l’intervention proprement dite.
Tous les patients ne sont pas admissibles à la chirurgie ambulatoire. Plusieurs critères, à la fois sociaux et médicaux doivent être remplis. « L’état de santé du patient est bien sûr pris en compte, mais nous devons vérifier que le retour à domicile se fera dans des conditions acceptables, précise René Boussaton. Il est hors de question, par exemple, d’opérer en ambulatoire un patient d’un membre inférieur s’il habite au 5è étage sans ascenseur. »
Son logement doit par ailleurs être proche d’une structure de soins et respecter certaines conditions d’hygiène. Le patient devra en outre être accompagné et ne pourra rester seul la nuit suivant l’intervention. Une fois à son domicile, il doit aussi avoir accès rapidement à un téléphone.
Même la chirurgie ambulatoire lourde
Malgré tous les avantages que la chirurgie ambulatoire procure, le taux de recours à cette pratique par rapport à l’ensemble des actes chirurgicaux est de 35% en moyenne sur la France alors qu’il s’élève à 70% dans plusieurs pays d’Europe du Nord, aux Pays-Bas par exemple.
Il est toutefois en France beaucoup plus élevé dans les cliniques et hôpitaux privés avec 44% des interventions chirurgicales réalisés en ambulatoire tandis qu’il est de 24 % dans le secteur public (ANAP). « Le secteur privé, plus réactif, s’est lancé plus rapidement dans la pratique de la chirurgie ambulatoire après les décrets de 1993, fait remarquer René Boussaton. Mais aujourd’hui, le secteur public développe aussi cette activité. »
L’avance du privé est également marquée en chirurgie ambulatoire dite « lourde ». Celle-ci est rendue possible grâce à l’amélioration des techniques anesthésiques et à la réhabilitation précoce qui permet, par exemple, de reprendre l’alimentation le soir même d’une colectomie. Plusieurs interventions lourdes sont pratiquées en ambulatoire aujourd’hui : les thyroïdectomies, les chirurgies de l’obésité ou même l’incontinence urinaire.L
La volonté de développer la chirurgie ambulatoire existe au plus haut niveau. Pour preuve, une instruction gouvernementale de décembre 2010 inscrit son développement comme priorité nationale.
Mais l’aspect de tarification pour les établissements demeure un sujet d’inquiétude. « Il y a pour certains actes des écarts de tarifs trop importants, regrette René Boussaton. Pour une chirurgie du pied, que nous réalisons à 74% en ambulatoire, le tarif ambulatoire est de 681€, alors qu’il est presque le double en hospitalisation complète ».
Eric Maunoir
Publié le 6 février 2012

