Emilie de Marco est juriste santé-environnement et auteure d’un blog consacré au développement durable dans le secteur sanitaire.

Le 8 juin se tenait à l’Université Paris Dauphine une journée sur le développement durable (DD) dans les établissements de santé : effet de mode ou levier de performance ?

Cette manifestation a non seulement montré l’intérêt et l’actualité de cette question, mais surtout que le DD n’était pas qu’un concept écologiste abstrait mais une réalité très concrète dans un nombre croissant d’établissements aussi bien publics que privés.

Ainsi, le développement durable qui s’impose de plus en plus dans l’économie et les entreprises privées notamment via le concept de responsabilité sociétale[1], pénètre également le secteur sanitaire et les établissements de santé. Le DD dans les établissements de santé n’est cependant pas un phénomène global et structuré mais le fait d’initiatives individuelles ou de groupes engagés et convaincus dont les succès ne sauraient faire oublier les difficultés et les obstacles.

En effet, malgré les bénéfices multiples et réciproques du DD, sa mise en œuvre est un parcours semé de difficultés. Bien que les personnels comme les directions semblent globalement prêts à s’investir, les contraintes financières, le manque de temps, les priorités différentes et prépondérantes s’opposent aux initiatives de DD. Mais surtout, le DD constitue un changement de paradigme et d’habitudes qui peut déranger, bousculer des habitudes séculaires et donc susciter rejet et désapprobation lors de sa mise en œuvre.

Le premier défi du DD dans les établissements de santé est donc de sensibiliser et de mobiliser les acteurs autour de sujets qui les concernent. Pour ce faire, il est important de rappeler que le DD n’a pas uniquement pour objectif la protection de l’environnement. Il repose sur deux autres piliers que sont le social et l’économie.

Pour les personnels, le volet social du DD qui s’intéresse aux conditions de travail et à la santé des personnels doit permettre de les mobiliser. Les personnels sont en effet, avec les malades, les premiers exposés aux pollutions et substances nocives dans les établissements. Les actions de DD sur les produits de nettoyage, la gestion des déchets ou encore les matériaux de construction ont donc un intérêt direct pour les personnels et leur santé par une meilleure maîtrise des risques de santé au travail, en même temps qu’un intérêt pour l’environnement en général. Mais le volet social devrait également  intéresser les directions soucieuses d’un management durable et de qualité de leurs personnels, s’intéressant à la qualité, la sécurité et la santé au travail et pourrait être envisagé comme une piste de réponse à l’absentéisme.

Pour la direction, le volet économique constitue également un puissant levier. Le DD via une meilleure gestion des consommations énergétiques et des achats notamment, offre des pistes d’économies intéressantes dans un contexte budgétaire difficile. Les économies d’énergie seront à l’avenir une préoccupation majeure et une priorité écologique tout autant qu’économique du fait de l’augmentation attendue du coût de l’énergie. Les établissements de santé dont la consommation énergétique représente un poste de dépense incontournable et très lourd, devront réaliser des économies d’énergie, voire se doter de leur propre source de production d’énergie (panneaux solaires, pompes à chaleur).

La politique d’achat apparaît  également en première ligne et doit intégrer le DD dans ses critères de choix[2]. Elle doit s’appuyer sur le coût global résultant des coûts d’achat, d’usage, de recyclage et des risques. Le retour sur investissement doit être évalué et intégré dans le coût global, mais ce calcul n’est pas toujours évident du fait de la multitude et de la technicité des critères à prendre en compte.

La politique d’achat durable peut concerner par exemple le nettoyage, dans le respect des normes d’hygiène et de désinfection, avec le remplacement des produits de nettoyage par la vapeur ou toute autre appareil de nettoyage réduisant les consommation d’eau, d’énergie et de produit désinfectant (lave bassin). Ou encore, les matériaux sans phtalates ou bisphénols peuvent être privilégiés[3], les impressions préprogrammées par défaut en recto verso, la réutilisation du papier en brouillon, les imprimantes collectives substituées aux imprimantes individuelles, etc. En matière de restauration, la recherche de produits locaux permet de limiter les transports, le remplacement des bouteilles d’eau par des carafes, sauf contre-indication médicalement constatée, génère des économies notables, etc…

Certaines de ces mesures ne sont pas plus coûteuses, d’autres nécessitent un investissement initial qui peut être important et un retour sur investissement plus tardif ou représente un surcoût compensé dans le calcul global.

Ces leviers d’action favorisent un engagement volontaire des établissements de santé dans le DD et son appropriation par des acteurs de terrains motivés. Néanmoins, il ne faut pas oublier la contrainte réglementaire qui se renforce et s’alourdira très probablement.  Au-delà des législations « environnementales » sectorielles qui s’imposent déjà aux établissements (déchets,  qualité de l’air, rejets d’effluents, etc.) et du manuel de certification V2010 de la HAS, la volonté institutionnelle et des fédérations est forte. Il n’y a pas de doute que cette volonté ne faiblira pas et que, de gré ou de force, le DD s’imposera dans les établissements de santé comme un levier de performance, de qualité des soins, d’économies et de qualité de vie au travail.

Enfin, le DD est une nécessité au regard des attentes des patients car l’hôpital qui doit soigner ne doit à tout le moins, pas nuire. Les scandales de santé publique ont rendu la population particulièrement sensible à ces sujets et sa prise de conscience écologique, plus attentive. Les établissements de santé doivent se montrer exemplaires et ont un rôle essentiel à jouer.


[1] Ainsi, les acteurs économiques privés auront des comptes à rendre sur ce sujet, notamment auprès de leurs actionnaires (rapport moral) mais aussi de l’ensemble des consommateurs (étiquetage notamment).

[2]Le code des marchés publics permet d’ailleurs d’imposer le DD et la performance en matière de protection de l’environnement dans le cahier des charges.

[3] Avant que même qu’une réglementation vienne en interdire l’usage (ex. interdiction du bisphénol A dans les biberons).

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Commentaires (1)

  1. le 22 mai 2012 par mickael

    bonjour,

    Effectivement il faut déstigmatisé.
    Aujourd’hui la socièté tant à nous faire peur et au pouvoir public en tant que malade psychiatrique.
    Voyons 2012 l’année de la compréhension et d’instruction sur les maladie psychiatrique, voyons une autre image que celle qui est donné par le public, proche, responsable de santé et autre.
    Voyons une année de la culture maladive et informant les gens d’une autre manière
    Courage à tous les malades et à leurs proches.
    Les votes ne suffirons pas, nous avons tous besoin des un et des autres et avec les réseaux sociaux , les média, c’est gagné!
    cordialement

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